La mondialisation néolibérale est morte. Vive la mondialisation contrôlée.
Nous vivons dans un monde où le commerce est mondialisé, où des produits complexes sont fabriqués – le plus souvent à l'aide de processus de fabrication impliquant plusieurs pays – et expédiés partout dans le monde. L'expansion rapide du commerce international depuis les années 1990, stimulée par une efficacité accrue et une production à moindre coût, a apporté des avantages économiques considérables. L'interdépendance qui sous-tend les chaînes de valeur mondiales (CVM) crée également des vulnérabilités. Depuis des décennies, des multinationales sont impliquées dans des scandales liés à des conditions de travail abusives chez leurs fournisseurs.
Ces dernières années ont mis en évidence la complexité et la fragilité des chaînes d'approvisionnement mondiales. Le nationalisme économique, les tensions géopolitiques, les guerres commerciales, la pandémie de COVID-19 et le changement climatique ont radicalement révélé de nouvelles vulnérabilités dans les systèmes mondialement intégrés de gestion des stocks en flux tendu et de chaînes d'approvisionnement directes. Les acheteurs mondiaux se concentrent de plus en plus sur la résilience, la diversification et la durabilité des chaînes d'approvisionnement, privilégiant la sécurité au détriment des coûts (comme dans les stratégies d'« onshoring »/« friend-shoring » et les politiques ESG). Les gouvernements se montrent de plus en plus disposés à utiliser des outils politiques innovants qui combinent commerce, investissements et subventions avec des préoccupations sécuritaires à des fins géopolitiques (« géoéconomie ») et nationalistes. Les exigences en matière de localisation des données et autres restrictions aux flux de données suggèrent que l'ordre mondial numérique est également en train de se fragmenter.
La chaire de recherche Couche-Tard sur les CVM vise à mieux comprendre ces dynamiques dans un monde en mutation rapide. Les recherches dans ce domaine couvrent de nombreux sous-domaines des sciences politiques (économie politique internationale, relations internationales), de l'économie (commerce international, économie politique), de la gestion (stratégie des entreprises multinationales, gestion de la chaîne d'approvisionnement) et des domaines connexes des relations industrielles, ainsi que du droit (droit économique international).
Les thèmes abordés comprennent, sans s'y limiter :
- Résilience et durabilité des CVM et protectionnisme vert: comment les acheteurs mondiaux peuvent-ils mettre en œuvre des pratiques durables pour relever les défis environnementaux et sociaux dans leurs chaînes d'approvisionnement ? Quelles stratégies d'entreprise et réformes politiques peuvent renforcer la fiabilité et la résilience des chaînes de valeur mondiales face aux risques géopolitiques et au changement climatique ? Comment la diversification des chaînes d'approvisionnement et les stratégies d'atténuation des risques peuvent-elles améliorer la résilience des chaînes de valeur mondiales ? Quels sont les rôles des militants sociaux, des organisations internationales et des autres parties prenantes dans la gouvernance des chaînes de valeur mondiales ? Comment la transition écologique transforme-t-elle les politiques commerciales par le biais de subventions massives, de taxes carbone et de standards stricts? Quels sont les effets macroéconomiques des tarifs verts, et quel est l'impact d'une taxe carbone sur les chaînes de valeurs mondiales?
- Politique commerciale et impacts socio-économiques: quels sont les effets de l'introduction et de l'application des dispositions relatives à l’environnement et au droit du travail dans les accords commerciaux préférentiels ? Comment les préoccupations relatives à la sécurité nationale, au transfert de technologies et à la résilience des chaînes d'approvisionnement influencent-elles les politiques commerciales et d'investissement ? Comment la libéralisation du commerce et, à l'inverse, le protectionnisme commercial, ainsi que la fragmentation géopolitique et la transition vers les énergies vertes, façonnent-ils la dynamique des chaînes de valeur mondiales ? Enfin, nous étudions comment ces politiques influencent les disparités socio-économiques (écarts salariaux, participation des femmes, etc...), dont les effets varient selon la position des acteurs dans les chaînes, afin de mesurer l'impact des mesures protectionnistes récentes sur l'évolution des inégalités.
- Réglementation des technologies numériques, mondialisation numérique et innovation: quel rôle la technologie joue-t-elle dans le renforcement de la résilience et de la durabilité des CVM ? Dans quelle mesure la géopolitique et les conflits de répartition affectent-ils la réglementation des flux transfrontaliers de données ? Comment les préoccupations en matière de sécurité nationale et les considérations d'économie politique influencent-elles l'opinion publique sur la réglementation des plateformes de médias sociaux ? Quelles sont les perspectives de coopération internationale en matière de mondialisation numérique ? Dans un climat de tensions géopolitiques et de découplage technologique, comment ajuster les politiques industrielles et commerciales pour stimuler l'innovation dans les secteurs clés comme les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle.
- Géoéconomie: Dans un monde géoéconomique de plus en plus dominé par la loi du plus fort, quel est l'impact des déséquilibres de pouvoir de négociation sur la libéralisation tarifaire mondiale? Quelle est la possibilité de faire fonctionner le multilatéralisme? Quelle visage prendre le bilatéralisme? Enfin, quelle est la relation entre la politique commerciale d'un grand pays et politiques intérieures de ses pays alliés dont notamment les dépenses militaires?